OP Nocturne – Retex Narratif

OP Nocturne – Retex Narratif

21 juillet 2020 Non Par Fever

Point de vue d’un Rat Solitaire

Trois semaines à peine depuis le dernier contrat. À peine le temps de remettre de mes blessures. Que déjà une nouvelle commande arrive. Le bip aigu de l’ordinateur, la notification d’un mail, tel le cri d’un oiseau de mauvais augure.

Le ménage … ça je connais.
Mon sac est déjà prêt et mon fusil à besoin d’exercice. Je charge le tout et prends la route.
J’attaquerai à la nuit tombée.  L’obscurité, c’est idéale pour moi.

J’arrive sur site quelques moments avant les derniers rayons de soleil. Parfait pour se mettre en chasse. Mais je dois au préalable faire quelques réglages. Comme c’est moche de vieillir …
J’emprunte un chemin descendant, pour m’éloigner de la zone de combat. Je devrais pouvoir trouver un coin tranquille pour me conditionner. Je descends d’une allure détendue.

-« Putain Fever, tu prends trop la confiance. Il fait jour et t’es au milieu d’un chemin ?! »
La réflexion dans ma tête est percutante … Je suis peut-être trop détendu ; trop pris au jeu de la chasse.  Je m’enfonce donc un peu dans la verdure. Après tout, la forêt est mon élément … D’un timing glaçant, comme un rappel du destin, à l’instant où j’ai corrigé mon itinéraire, un groupe emprunte le chemin que je venais de quitter. J’entends la mort ricaner à mon oreille « juste pour te donner une leçon. ». Salope, comme tu aimes te moquer de moi… Le groupe arrive à mon niveau. Personne ne semble m’avoir vu mais le soldat en tête est à l’affut. Il scrute chaque centimètre de végétations sur ses flancs. Tant pis pour toi l’ami, tu ne me laisses pas le choix. Un coup de feu, étouffé par mon silencieux. L’homme s’écroule. Le reste de la colonne hurle et ouvre le feu à l’aveugle. Pas question de prendre une balle perdue, je refuse de mourir si bêtement. Je m’enfonce dans la végétation dense. L’ennemi me prends en chasse. Vous êtes sérieux les gars ? Vous pensez vraiment me retrouver alors que vous ne m’avez pas vu à quelques mètres ?… Si ça les amuse.  Les balles sifflent, le bois éclate, des coups de lampe sont jetés dans le but de me surprendre. Mais je suis déjà loin.

Pour une mise en chauffe, c’est réussi. Comme tout cela m’avait manqué. Je ne peux effacer mon sourire. Mais bon, ne soyons pas trop impétueux. Je laisse un bon moment défilé avant de me remettre en mouvement. Le soleil a déjà bien baissé et j’ai à peine le temps de peaufiner mes réglages. Je me reconditionne, me voila prêt. Que la chasse commence.

Je remonte le chemin pris plus tôt. Rien à signaler, tout est calme. Mais au loin, des faisceaux lumineux s’agitent dans les branches.  Ok les gars, j’arrive ….
Un fort se dessine. Je distingue de moins en moins les détails environnementaux. Mon fusil ne va pas servir longtemps. Je rôde autour de la place forte. Sans conviction. Ils ne seraient pas assez….. Ah ben si ! Sur le toit, une silhouette scrute l’horizon. J’épaule sans pression, je vise. La cible s’aligne avec mon réticule, mon index caresse la queue de détente, ma respiration se bloque et le coup part, rompant la nuit d’un sifflement suivit d’un râle d’agonie… Hmmm,  petit frisson de plaisir ! « Pervers » me souffle la mort au-dessus de mon épaule. C’est toi qui parles ? Quelle ironie.
La riposte ne se fait pas attendre. Des spots s’allument dans tous les sens, ça crie, ça tire mais je suis déjà repartie. À bonne distance, j’entends encore des tirs essayer d’atteindre le spectre de ma présence.

Pimentons un peu le jeu. Essayons un angle d’attaque différent. Je remonte afin de pouvoir contourner largement et attaquer par l’autre flanc. Une place dégagée se présente devant moi, quelques cabanes abandonnées. Un ancien village de forestiers. Je le traverse en silence. Mais un bruit attire mon attention sur ma droite. Je me fige et tourne la tête. Il fait maintenant nuit noire et distinguer quoi que ce soit est difficile. Pourtant, ça ne fait aucun doute, je ne suis pas seul. Je me poste proche d’un mur et observe. Des ombres s’agitent un peu plus loin. Des silhouettes se dessinent sur le fil de l’horizon. 4,5 …  Peut être 6. Pas question d’ouvrir le feu mais s’ils pénètrent le village … Ma main vient naturellement mon couteau. Le groupe longe l’extérieur pour s’enfoncer dans la forêt. Autant les laisser passer. Ils ont l’air aguerris, ils doivent avoir une couverture arrière.  Je fais un bond en avant pour quitter le centre du village et arriver sur le même chemin qu’eux.  Il ne me reste plus qu’à leur emboi-…. Du bruit à nouveau ! Pas le temps de me replier. Le bruit est trop proche. Je mets un genou à terre. Venant de ma gauche, un binôme se présente.  Je les vois distinctement. Petits gabarits, armement léger … J’ai une chance au corps à corps. Mais l’un d’eux m’alerte sur un détail : « on n’attend pas les autres ? » Comment ça les autres ?! Soudain, venant de ma droite, une colonne armée me passe devant. Détendus et sereins, ils ne m’ont pas vu. Il y a donc deux escouades. Cela complique mes calculs. Je suis assez fou pour tenter le 1V5 mais 1V10… Très peu pour moi ! Je les laisse passer sans bouger d’un poil. Leur chef, du moins je suppose, guide ses hommes, donnant les positions. Il est dos à moi. Il me suffirait de tendre le bras pour attraper sa jambe.  Je suis sûr que sa réaction en vaudrait le coup mais ça serait ma dernière surprise, alors autant la garder pour plus tard. L’un d’eux s’adresse à lui pour lui lancer une simple blague qui me permets de connaître un nom « Connor »… Et bien mon cher Connor, nous ferons connaissance plus tard. Je compte 7 individus. Plus les 5 ou 6 d’avant, ça fait une force de 12 ou 13 pax. Je vais devoir être malin car en termes de puissance de feu, je ne ferai pas le poids.

Je reste un instant sur ma position, à réfléchir à la tactique à adopter. Mais le bruit d’un pas de course me tire de mes pensées. Enfin bon ! Pas moyen d’être tranquille dans cette forêt ?!
L’individu passe sur ma droite en courant à bonne allure. Je lève le canon de mon pistolet et vise. Il se stoppe au bout de son chemin. Bizarre… La fenêtre de tir est là mais quelque chose me perturbe.  Je retiens mon tir, je veux en voir d’avantage. Il pivote est fait clignoter sa lampe à 2 reprises.  Pas très discret. Mais une lampe lui réponds du buisson qu’il venait de quitter au pas de course. Ah, tu n’es pas seul donc. Merci pour cette information. J’attends que le deuxième rejoigne son ami puis j’ouvre le feu sans retenu. Le premier tombe au sol et le deuxième profite du couvert que lui offre son ami pour répliquer. Je me replie. Les tirs ennemis sont nourris. Très nourris. Et bien alors mon gars ? La peur ou la rancune te fait perdre ta retenue ? Qu’importe, je détale. Le bruit a dû attirer le groupe de 12. Je ne préfère pas les affronter si proche du village, je dois les affronter dans mon élément, parmi les arbres.

Quittes à temporiser, autant retourner voir mes amis du Fort. Voyons s’ils ont digéré ma petite taquinerie. Et essayer de faire encore mieux. Il y a quelques buissons puis seulement quelques mètres à découvert. Ça se tente … « Tu es trop joueur… » Roh silence l’encapuchonné ! Je passe en mode ramping. Centimètres par centimètres, je remonte vers ma cible. Je tente un tir sur la vigie. Un échec, la position et l’obscurité ne m’aident pas. Par contre, mon approche est trahie. Stupidement … De cris, des tirs et des coups de lampe. Malgré mon aveuglement, personne ne me voit. Je temporise un peu et continu ma progression. Je reste prudent, une lampe couvre l’entrée et m’empêche de voir distinctement. Y a-t-il une sentinelle ? Impossible à savoir. Je guette, je scrute mais impossible d’être fixe tant la lumière m’aveugle. Je tente ou je ne tente pas ? Car si je me trompe, je serai vraiment à découvert. Un coup de vent, un peu de fraicheur, vient me soulager dans ma réflexion. Et surtout, m’apporte la réponse. Une bâche ! Ils ont mis une bâche tout autour pour se protéger. Et la lampe est juste posée de façon dissuasive. Ah les fourbes ! « C’est toi qui dit ça ? » Rah lâche-moi toi ! Bon maintenant que je ne sais que je ne risque pas grand-chose, autant en profiter.

À pas de loup, je m’approche des remparts. Il y a bien quelqu’un sur le mirador mais si je reste bien contre les parois, il n’aura pas l’angle de tir. Une fenêtre se présente sur ma route. Derrière, un homme, qui se croit en sécurité. Un tir et il s’écroule. L’alerte est donnée, il faut foncer. D’un pas ample, je m’élance, et me colle à l’entrée. Un coup d’œil furtif et, oh ! Un point rouge ! Tout juste le temps de reculer que des balles me sifflent au visage. Message reçu, je n’insiste pas plus. Je détale à travers broussailles tel un lièvre.

Tout redevient calme et je me retrouve seul dans la nuit. Plus un bruit, plus de conflit. Je prends le temps de récupérer mon souffle, de me reconditionner. Je sais que la tâche qui m’attends ne sera pas la plus simple. Vérification des munitions : plus qu’un chargeur et demi. Il va falloir être chirurgical. Je réajuste mon sac à dos, déploie la capuche de ma ghillie. Il est l’heure. Je m’engage sur le chemin du groupe de 12.

Il y un deuxième village dans les environs, baptisé Cobra Village. En toute logique, ils ont dû s’établir là-bas. Je progresse à tâtons. Mais bon sang, j’aurai déjà dû arriver sur zone … Un bruit, un murmure, ils ne sont pas loin. Je me fixe, près d’un arbre, accroupi, j’observe. Et soudain, je réalise. Sur ma droite, une barricade d’où viennent les murmures et sur ma gauche, un mirador avec son escalier… Je ne trouve pas l’entrée du village pour la simple et bonne raison que je suis déjà dans le village ! Et par conséquent, au milieu de mes ennemis… Mais si certains ont des doutes, ma présence n’a pas encore été détectée. Le talent… « ou la chance … » Mais ça suffit, je ne t’ai pas sonné la faucheuse ! Bon, 2 à 3 pax à droite, j’en distingue 2 dans le mirador et j’entends encore des bruits dans le fond. Couteau à la main, il va falloir choisir stratégiquement.  Mon choix s’arrête sur les 2 en hauteur. Plus proche et extraction plus simple à l’issu. Un coup de couteau pour l’un, une balle pour l’autre et je déguerpis. Je fais un pas. Puis un deuxième. Lentement, assurant chaque mouvement, la respiration est maîtrisée. Plus qu’un bon mètre. Mais soudain, un perturbateur. Un homme vient donner des consignes à mes cibles. Quel sans gêne ! Je suis occupé là ! Trancher une gorge est un acte intimiste enfin ! Il est là, de l’autre côté des marches, à quelques centimètres. Je suis figé, il ne m’a pas vu. J’attends. Quand soudain, un bruit, au loin, une branche qui craque. Quoi encore ? Mais laissez-moi bosser en paix ! Un groupe approche de notre position.

– « Vous avez entendu les gars ? » fait l’homme en face de moi. J’ai envie de lui répondre oui. 
– « Non » répondent les 2 autres. Bande de sourds…
« Allumez vos torches. » L’ordre est lâché. Non non non non ! Mauvaise idée ! Trop tard. 2 lumières jaillissent d’en haut. Inévitablement, je suis pris dans le halo. Je peux voir la surprise marquer leurs visages. Coucou ! Je tire en même temps qu’eux. Par réflexe, leur réponse est brutale et sans appel. Une douleur me transperce le torse. Le souffle m’échappe. Tout devient sourd. Je percute le sol, incrédule. « Connor est touché ! Connor est touché ! » Ahahah, je savais qu’on ferait connaissance. Le combat fait rage, je comprends qu’un groupe a donné l’assaut en même temps que moi. Mais tout cela m’importe peu. Je gis au sol, dans une marre de mon propre sang. La mort vient se pencher sur moi « mauvais timing l’ami …. » Pas de répartie de ma part, je souris bêtement. Puis vient le froid, et enfin, le noir, la paix…

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Dans un sursaut, mes poumons se remplissent d’air. Une douleur, vive, intense, me ramène à la réalité. Comment ?! Je me tourne péniblement. Un trou dans le thorax, qui a évité les organes. Un miracle. Autour de moi, les vestiges d’un combat mais personne. Le soleil est déjà haut. J’ai été laissé pour mort, sur place. Je rampe tant bien que mal. Je m’accroche comme je peux. Dans mon sac, un bandage me permet de contenir le peu de sang qu’il me reste. Je suis faible mais je suis vivant.  Sur mes épaules, le poids de la mort s’envole « Pas cette fois mon ami, mais bientôt… » A bientôt l’amie, nous serons de nouveau côte à côte….

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