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17 mars 2020 Non Par Fever

Welcome To Malassoquistan

Et quel accueille !
Je foule les terres du Malassoquistan pour la première fois. Sous les couleurs de l’ASP, j’ai le privilège d’être invité pour faire quelques photos. Montrer au monde un univers discret, pour ne pas dire caché. Celui du MILSIM ACP.

Mon retex se fera en deux parties. Une première assez formelle et habituelle. Pour donner mon ressenti.
Et une deuxième, plus narrative, pour laisser libre cours à mon imagination et pour essayer de vous faire voyager dans cet univers qui a été le nôtre durant un weekend.

Partie UN :
Je ne vous cache pas que je me présente avec une certaine appréhension et un certain stress. On m’a souvent raconté des évènements de ce genre, fait rêver aux travers de retex digne de films hollywoodiens. Et comme on dit, on ne peut faire qu’une fois une première bonne impression.
Pas question de passer pour un bleu ! Je me prépare, je m’équipe. Je ne serais peut-être pas un joueur pur et dur mais je vais leur montrer qui je suis !

Et une fois sur place …. Premier constat, on n’a pas à faire à des petits joueurs. Tout est carré. Le point de rendez-vous, les points GPS du camp de base. Impossible de se perdre. Je commence à marcher vers la FOB avec mon sac et ma tente. Je finis par croiser un véhicule. « Tu es le photographe, je viens te chercher ». Grand luxe, j’ai même le droit à un taxi. Une fois sur zone, je retrouve quelques copains, des visages familiers. On se salue, on se taquine. J’ai l’impression de connaître tout le monde depuis des années. Ambiance de franche camaraderie. Premiers pas dans le MILSIM et j’ai l’impression d’être déjà intégré.

Ma présence étant limitée à faire des photos, je suis moins pris dans l’immersion et dans le feu de l’action. Je ne parlerai donc pas d’airsoft car j’estime ne pas avoir mon mot à dire. Bien que de ce que j’en ai vu, les événements se sont déroulés sans gros temps mort.  Quelques contre-temps qui ont vite été rattrapé, ce qui démontre une certaine aisance de la part des organisateurs.

Le style MILSIM est clairement d’un niveau inhabituel. Pas question de tirer à tout va, de foncer dans le tas.  Les actions sont plus précises, plus réfléchies. Beaucoup de déplacement, de topographie. Un jeu plus intelligent je dirais, mais ça serait vulgaire et dénigrant vis-à-vis des autres.  Cependant, on ne peut pas nier que le jeu est plus sérieux. C’est surtout le dimanche que cela m’a le plus sauté aux yeux. Forcément, en tant que sniper, me retrouver avec un trinôme de snipers me parle plus qu’autre chose. La dimension de leur rôle est tellement différente. Je me suis même pris au jeu en le suivant en essayant de rester cacher.

 On finit le dimanche midi autour d’un food-truck et d’un hamburger. Franchement royal.
On peut débriefer, rencontrer enfin nos adversaires, raconter nos exploits du weekend.
Toujours de façon très amicale et avec humilité.

Je ne peux que saluer la qualité de cette OP, le professionnalisme des orgas et l’intelligence des joueurs.
Première fois que je participais réellement à un évènement de type MILSIM ACP …. Et croyez-moi, ça ne sera pas le dernier ! Sauf que la prochaine fois, j’aurai surement plus qu’un appareil photo. Tenez-vous prêts les gars, et comme le disais Arnold « I’ll be back ! »

Partie DEUX :
(alors petite précision, je sais qu’il s’agit d’airsoft, d’un loisir. Cependant, comme il s’agit d’un récit narratif, je me permets certaines libertés. Aussi, ne soyez pas choqué si vous lisez les mots « armes, mort, ennemi » ou autre. Ces mots sont employés ainsi afin de renforcer le côté immersif. A ce même titre, certains événements peuvent être racontés différemment de la réalité afin de paraître plus réaliste. Merci de votre compréhension)


Le matin n’est levé que depuis quelques heures, tout est encore calmé et la rosée du matin gelée. J’en profite pour monter ma tente et poser quelques affaires. Si j’arrive de bonne heure, certains sont là depuis la veille. Et de ce que j’entends, l’action à déjà commencé.
Un rapide briefing et tout le monde se mets en action.
Chaque escouade à sa mission, son secteur. Telle une fourmilière en effervescence. Chacun à sa place, chacun son boulot. Et tout le monde prend le départ.

J’emboite le pas d’une première escouade. À l’arrière d’un pick-up, les présentations sont brèves. On se regarde du coin de l’œil. Je n’ose pas trop m’imposer et ne veux surtout pas les gêner. Quant à eux, je suppose qu’ils me voient comme une contrainte supplémentaire à leur mission. Le silence règne jusqu’à l’arrivée sur zone. Comme un engrenage bien huilé, chacun prend sa place et l’escouade se mets en marche. « Reste derrière le photographe si tu ne veux pas te faire shooter. »
Je les sens fébriles. La tension du conflit est là, partout. Ambiance électrique où tout peut arriver, à tout moment ….

La mission se déroule sans un accroc. Une cache d’arme localisée, des renseignements trouvés et on plie bagage. Tout s’est déroulé dans un quasi-silence. Ici, nous sommes vulnérables et de potentielles cibles pour l’ennemi. Les visages sont fermés, concentrés. Et je ressens au travers de ces hommes toute la gravité de la guerre.

Nous rentrons en véhicule, non sans croiser d’autres escouades qui partent à leur tour.
Pas question d’en rester là. À peine de nouveau sur le FOB que je me retrouve à l’arrière d’un quad pour escorter une JEEP et son équipage. La route, ou plutôt la piste, est chaotique et la poussière se soulève en un épais nuage derrière notre passage. J’ai un gout de terre dans la bouche. Je tousse, je crache. Mon chauffeur me regarde à travers son masque et sourit. Serait-ce un baptême ? On me test…

La mission est cette fois plus cruciale. Il s’agit de neutraliser des bidons d’agents toxiques. Toujours dans une ambiance froide et sérieuse. Pourtant je ne sens pas d’hostilité de la part de ces hommes, juste un grand professionnalisme. Un duo enfile combinaison et masque tandis que les autres établissent un périmètre de défense. Et moi, au milieu, comme un électron libre. Je ne suis pas pris en compte. Tant que je suis au milieu d’eux, je ne les gêne pas. Tant que je suis au milieu, je peux faire mon boulot à mon tour.

Les agents de décontamination œuvrent de façon méticuleuse. Pourtant l’un d’eux ne cesse de jurer. Je comprends alors que ces hommes qu’on pointe du doigt, qu’on traite de guerrier ou de tueur, ne sont au final que des hommes. Obéissant à des ordres et n’ayant pas forcément choisis d’être là. Que comme nous, ils subissent les affres de la guerre même s’ils en sont les acteurs.  Pour défendre des valeurs, un pays, leur famille.

L’opération de décontamination se termine. Elle s’est révélée plus pénible que prévu. Mais on peut enfin replier pour rentrer en sécurité. Les véhicules sont chargés. J’enfourche à nouveau le quad. Quand soudain un cri… « CONTACT ! »
Et en un quart de seconde, l’instinct de survie prends le dessus. Je bondis du véhicule et me cache derrière. Les tirs commencent à retentir dans la forêt. Je protège naïvement la tête avec mes mains. Et sans demander mon reste, je me précipite derrière mes compagnons d’infortune.
Ça hurle, ça tire. Un tumulte effroyable. Derrière un muré de pierre, je reprends mon souffle. Les mains tremblantes, je commence à photographier l’action.  Un combat acharné qui va s’étaler sur plusieurs minutes mais qui me sembleront des heures.  Je vois non loin de moi deux hommes au sol. Ils ne bougent plus, les yeux grands ouvert pour l’un. Tout deux sans vie…. Je les avais pris en photo quelques secondes plutôt ….

La menace finie par être neutralisée. Un petit groupe, un commando, qui tentaient surement de compromettre notre mission. Des corps sans vie. Notre chef d’équipe fouille brièvement les corps. Un armement sommaire, quelques papiers personnels, une photo d’une femme. Mais rien qui ne semble intéressé le gradé…  Il se contente de tirer une balle de pistolet dans les têtes de nos opposants. Simple vengeance, barbarie ou précaution …. Je n’ose pas avoir la réponse.
Nous rentrons une nouvelle fois sur la FOB, les véhicules chargés du matériel et des cadavres alliés.

Tant d’émotions et d’actions m’ont secoué. Un peu trop… Je m’isole dans ma tente et tente de manger un morceau. Je n’arrive pas à me calmer. J’observe la vie du camp au travers la moustiquaire. Les escouades mangent également. Du moins celles qui sont présentes. Tous par petits groupes. Ils prennent des nouvelles des autres groupes, échangent un peu leurs aventures. Tout cela me semble irréel. Armé de ma tasse à café, j’arpente le campement. On me regarde de loin mais personne ne m’adresse la parole. Je pose quelques questions mais les réponses sont courtes et évasives…

Une fois mon repas bâclé, je rejoins la tente de commandement. J’essaie de comprendre un peu de quoi sera fait les prochaines heures, quelle sera la prochaine équipe que je vais accompagner.
Une main vient taper mon épaule « Alors le photographe, toujours dans nos pattes ?! »
Je reconnais cette voix. Je me retourne. Derrière moi, je retrouve un petit groupe d’hommes et de femmes bien familier. J’avais déjà eu la chance de les croiser sur un autre conflit. Je suis soulagé de retrouver des visages familiers. Je pars avec eux et l’ambiance est déjà moins froide. Il s’agit à nouveau d’une mission de décontamination. J’espère qu’elle finira mieux que la précédente.

Et par chance, tout se déroula sans accro. Du moins pour nous. Car au loin, des échanges de tirs nourris raisonnent. Pas question de faire de vague. La mission accomplie, on ne demande pas notre reste. Mais sur le trajet, un appel à la radio. Une escouade est en difficulté et appelle à l’aide. Sans hésiter, le véhicule fait demi-tour et accélère.

Nous retrouvons un deuxième véhicule à l’arrêt. Et une escouade réduite qui attends à côté. Ils nous expliquent être bloqué et pris à partie par un groupe d’insurgés. En quelques secondes, les consignes sont données. Une colonne se mets en route. L’affrontement est inévitable et sera frontale.
À un détail près…

Alors que nous progressons en douceur, j’aperçois au loin une silhouette, caché dans les branches. Est-ce que je me fais des idées ou…. La forme bouge, et je distingue très nettement un fusil se lever et pointer vers nous. « ATTENTION !!!! »
Je me jette au sol. Les balles sifflent au-dessus de ma tête.  « EMBUSCADE ! » crie le chef de peloton. Mais trop tard. Trois de ses hommes s’écroulent au sol comme des poupées de chiffons. Un quatrième hurle en se tenant la jambe. La riposte est quasi immédiate. L’escouade réplique. Le blessé est tiré par son gilet pour être évacué. Quant à moi, je rampe le plus vite possible de peur d’être laissé sur place. Tout le monde se jette dans le véhicule et on évacue en catastrophe. Par la fenêtre arrière, je regarde le nuage de poussière recouvrir le chemin. Cette fois, les corps ne seront pas rapatriés. Que vont-ils devenir ?…. La voiture pile ! Face à nous, un fourgon fonce en notre direction. La porte latérale s’ouvre et deux hommes bondissent, hurlant de nous arrêter.  L’ennemi aussi a envoyé des renforts… Notre chauffeur engage la marche arrière et enfonce la pédale d’accélérateur. L’un des hommes armés court vers nous. Notre véhicule finit par prendre de la distance. Dans un coup de volant magistrale, on fait demi-tour et nous fonçons à l’opposé. J’arrive à peine à comprendre ce qu’il vient de se passer.

Cette mission sonne la fin de la journée.
Le soleil décline déjà à l’horizon. Je crois que j’en ai assez vu pour aujourd’hui. Je m’enroule dans mon duvet et ferme les yeux en espérant trouver rapidement le sommeil.
Un sommeil qui sera fractionné et souvent interrompu par les allers et venues nocturnes des patrouilles.
Le matin fini par pointer le bout de son nez. Il fait froid et je peine à sortir de ma tente.

Pourtant, ce matin, je vais avoir une chance immense. Je vais avoir le droit de suivre le groupe de reconnaissance. Et quand je parle de groupe… Je veux dire trio.
Jusqu’à présent, je ne les avais que de loin. Discret, silencieux et toujours en mission. Ils étaient le groupe qui avait passé le plus de temps en zone ennemi et qui avait le plus enduré les difficultés du terrain.
Je ne peux m’empêcher de les regarder avec un profond respect. Leur équipement est une démonstration de professionnalisme, de détermination et d’optimisation. Rien n’est laissé au hasard. Et leurs gestes trahissent une cohésion et une certaine habitude. Peu de mots sont nécessaires. Un regard, un geste et ils se comprennent….
Une fois sur le terrain, ils se déplacent avec légèreté. Pourtant, chaque pas est calculé. L’environnement analysé à tout instant, pour le mettre à leur profit. Ils sont clairement dans leur élément. Et leur mission est simple : tendre une embuscade.

Nous progressons rapidement. Je m’efforce de les suivre au mieux, sans les gêner et encore moins les faire repérer…
À la radio, une escouade alliée nous informe être non loin de nous pour nous épauler. Ils savent plus ou moins où nous sommes « Nous avons vu le photographe ».
Cette information est des plus vexante. Je n’avais bien sur pas la prétention de pouvoir égaler des professionnelles. Mais mon égo aurait aimé que ce soit le cas …

Accompagné de ce groupe, nous nous enfonçons dans le montage. Jusqu’à un carrefour. Là sera le lieu de l’embuscade. Chacun prend position. Il ne reste plus qu’à attendre…

Positionné en retrait, je regarde l’un des snipers faire les derniers réglages de son matériel. J’en profite pour faire de même avec le mien.
Nous nous regardons du coin de l’œil. Il nettoie sa lunette, je nettoie ma lentille. Il engage un chargeur dans son pistolet, je change de carte mémoire. Nous n’avons pas le même matos mais nous nous trouvons des points communs. Le dialogue finit par se débloquer et il commence à me raconter ses exploits passés.  J’aurai pu continuer de l’écouter pendant des heures mais la radio nous rappelle à la réalité. Son regard change. Son visage se ferme. Il se relève et appelle ses compères. La mission est annulée, on a ordre de se replier.  Tous ces efforts pour ça…. Mais c’est le jeu.

De retour au camp, je comprends que mon temps ici s’achève. Une nouvelle garnison vient relever l’actuelle. Les tentes sont repliées pour laisser place à des nouvelles. Les hommes s’entassent dans les véhicules et quitte la zone, partent pour de nouveaux conflits.
Quant à moi, il est temps pour moi de rentrer. Ma présence parmi eux fut brève mais intense.
J’espère juste avoir la chance de recroiser certains d’entre eux….

Ainsi s’achève mon récit.
J’espère qu’il vous aura plu (au moins autant que l’OP m’a plu)
N’hésitez pas à me faire part de vos retours.
Quant à moi, je vous laisse avec « quelques » clichés.
A la prochaine.

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