Roches Secrètes

Roches Secrètes

12 juin 2019 Non Par Fever

8h30
Nous arrivons sur zone. Un paquetage rudimentaire. Pas de place pour le superficiel. Avec la Salt Squad nous formons sur cette mission l’escouade Alpha. A nos côtés, 6 autres escouades. Tous ici pour répondre à l’appel de l’OTAN. La situation est critique. Un gisement de minerai extrêmement rare a été découvert dans le secteur. Et déjà, une organisation mafieuse répondant au nom de Valois & Co veut mettre la main dessus. Qui sait ce qu’ils pourraient en faire … Et pour rien arranger, un village de civils se trouve non loin de tous, sur la route de la Valois. Au mieux, ils seront alliés, au pire, ce ne sera qu’un contre temps à effacer du paysage pour ces terroristes.
Pas le temps de réfléchir, le camp de base doit être monté. Rudimentaire, plus que d’habitude. Une tente pour le QG, quelques barrières de fortunes. C’est brouillon mais c’est provisoire.

9h
Pas de répit malgré une chaleur accablante. L’escouade postée au nord a déjà subi des tirs. La Valois sait que nous sommes là et cela n’a pas l’air de lui plaire. Pas question de se laisser impressionner. Le branle-bas est sonné. Avec l’Alpha, on monte au pas de course prêter main forte. Nous n’avons pas fait 100m dans un chemin sinueux que nous tombons sur des barricades et déjà, les rafales sifflent au-dessus de nos têtes. Je décroche sur le flanc droit. La végétation est dense mais je dois pouvoir me frayer un chemin. Si on veut remporter cet accrochage, il va falloir occuper plus d’espace qu’eux. Quelques soldats m’emboitent le pas. Dans leurs yeux se lit l’envie d’en découdre. On a la rage au ventre. Je prends position et épaule. Ma lunette vient sans mal trouver un ennemi, tout de noir vêtu. Il vise dans ma direction. Je n’hésite pas, plus maintenant, plus après tous ces combats. Je tire. Il en fait de même. Sa balle me siffle au-dessus tandis que je le vois s’effondrer. Mais j’entends hurler dans mon dos. Un allié s’écroule en se tenant le bras. A-t-il pris la balle qui m’était destinée ? Ou bien était il visé depuis le début ? Pas le temps de réfléchir. Je me précipite à ses côtés. Il a du sang partout mais la blessure n’est pas trop grave, il a pris le coup en pleine épaule. J’agrippe son gilet et le traîne vers nos lignes arrières. Une chance pour lui, mon squad-leader m’a confié la trousse de soin. Je commence à pratiquer les gestes de première urgence. Au loin, mon chef rappelle l’escouade. Je mets rapidement le bandage en place et confie le blessé à son unité avant de rejoindre la mienne au pas de course.
Inutile de s’entêter ici. L’ennemi est bien barricadé et nous avons plus important à faire que mener une guerre de tranchée. Nous retraversons notre camp de base et nous rejoignons l’escouade Golf. Leur mission est de déployer une antenne de communication. Notre mission est de les escorter. Facile mais la poche de résistance ennemie est en plein milieu de notre itinéraire. Il nous faut les contourner et cela nous impose de passer par une zone à découvert. Comble du bonheur, j’ouvre la marche. Je n’ai jamais vraiment aimé être devant mais il paraît que j’ai une bonne lecture du terrain…
On avance à bon rythme. Le soleil cogne de plus en plus fort et nous devons placer l’antenne sur le point culminant de la zone. Etonnement, nous y arrivons sans encombre. Sur place, Echo nous attend déjà. Ils ont sécurisé la zone. Pour une fois, l’officier en charge des opérations réfléchit un peu… L’antenne est déployée et de nouveaux contacts se font entendre. Echo engage le combat. Je regarde mon squad-leader, mon fusil déjà au creux de l’épaule …. Mais nous n’avons pas pour ordre de nous battre, pas encore. Machine arrière, on repart comme on est venue.

10h
Enfin une mission un peu intéressante. Etant l’escouade la plus à mène de faire de la reconnaissance, il nous est demandé de localiser le camp ennemi. Nous nous mettons en route sans attendre. En vue des diverses poches de résistance rencontrer, il serait complètement fou de foncer en avant. Nous décidons donc de contourner. Nous voilà partie pour une petite mission randonnée, à travers la végétation, parfois descendante, parfois ascendante. Nous progressons à bon rythme mais il ne nous faudra pas moins d’une heure pour arriver à la zone que nous suspectons. Nous entendons des bruits, des discussions lointaines. Alors nous redoublons de prudence et de discrétion. Un pas après l’autre, nous progressons sur un chemin qui nous rapproche de l’objectif. Je commence à apercevoir au travers des feuilles des constructions en bois. Ventre à terre, je rampe malgré en leur direction. Derrière moi, l’escouade m’imite, tentant de garder une ligne de feu au-dessus de moi, au cas où…
Soudain, je me fixe. A quelques mètres devant, un homme, de dos. Le doigt sur la détente de mon pistolet, je suis prêt à tirer. Mais très vite je comprends que ce n’est pas la solution. Il communique. Je distingue 3 voix. Une patrouille ? Un point de défense ? Impossible de savoir. Je regarde mon squad-leader pour lui transmettre l’information. Une seconde de relâchement que je regrette encore. Un cri : « CONTACT » puis une rafale. Je roule sur le côté pour me sortir de là. Nous sommes repérés. Le squad-leader ouvre la bouche pour donner les ordres mais rien ne vient. Il s’écroule sur le côté. Merde ! L’escouade réplique. Les échanges sont nourris. J’en profite pour me replier et récupère mon squade-leader au passage. Par chance, il n’est pas blessé. La balle s’est logée dans la crosse de son fusil. Putain de veinard ! Mais pas le temps de fêter ça. On se replie, en se couvrant les uns les autres. Quelques minutes plus tard, nous prenons position dans une clairière. L’ennemi ne semble pas nous suivre. Bien que sur nos gardes, nous en profitons pour nous remettre de nos émotions et faire un point sur notre état actuel. La situation est critique, il nous faut un nouveau plan.

12h
Nous sommes face à un dilemme. Nous sommes trop loin du camp pour espérer un soutien. Nous sommes seuls et proches, pour ne pas dire encerclé, par l’ennemi. Soit nous retentons notre chance sur le chemin dont nous venons de fuir, soit nous tentons de contourner encore davantage, au risque de perdre un temps précieux.
Et vu que la montre ne joue pas à notre avantage, et que nous avons particulièrement envie d’en découdre, nous retournons sur ce chemin. Prudemment, j’ouvre la marche, pistolet en main. Je me retrouve à nouveau à l’endroit où j’avais aperçu un individu. J’en aperçois toujours un mais ce n’est pas le même. Il porte un camouflage américain. Un membre de l’OTAN. Je m’approche en lui faisant signe. Le malheureux est surpris, il ne nous avait pas remarqués. On fait un rapide point avec eux. Il s’avère que la base des Valois est bien plus au Sud que ce qu’on pensait. En réalité, les baraquements que l’on voit appartiennent aux civils. La menace étant moins forte, nous reprenons notre progression de façon plus rapide mais toujours discrète. Le village est en théorie neutre dans le conflit mais chaque camp essaie de s’attirer ses faveurs. Les avoir comme alliés pourrait faire pencher la balance pour l’un comme pour l’autre. Seulement il n’y a aucun moyen de savoir s’ils ont déjà fait leur choix ou non. Plus nous aurons d’informations, mieux ce sera. Nous nous faufilons donc dans l’idée de prendre des photos de leurs installations. S’ils se retournent contre nous, au moins, nous saurons comment nous défendre. Arrivant au plus proche, nous décidons de laisser l’escouade en retrait pour avancer uniquement le squad-learder et moi. Dans une main, l’appareil photo et dans l’autre, mon pistolet. Nous avançons à couvert. Quand soudain, du mouvement. Deux individus approchent. Ils sont sur leurs gardes et armées. Ce ne sont pas des villageois…. Sans un mot, nous nous accordons. On les laisse approcher au maximum. 15 mètres … 10 mètres…. 5 mètres … J’élimine celui de gauche et mon squad-leader celui de droite. Une action propre, coordonnée et silencieuse. Nous reprenons notre progression et prenons le maximum de clichés.

13h.
Mission accomplie. Nous revoilà au camp pour rendre compte. J’expose les clichés pris au commandant. Il semble satisfait. Surtout que durant notre mission, nous avons également trouvé le gisement tant convoité. Personne ne l’exploitait encore, nous avons donc pu prendre des photos également et noté les coordonnées GPS.
Ces informations seront un atout dans notre guerre contre le cartel Valois.
Une mission de finie, une autre commence. Notre commandant et le chef des villageois, le Papé comme il se fait appeler, ont trouvé un terrain d’entente. En échange d’une libre circulation, nous leur offrons notre protection. Nous revoila parties pour le village. Nous allons à leur rencontre, sans être menaçant mais sur nos gardes tout de même.
Les villageois s’avèrent être de simples bergers, au mauvais endroit au mauvais moment. Cependant, ils ont un arsenal pour se défendre plutôt impressionnant. On comprend pourquoi les rattacher à notre cause pourrait être rentable

14h
Nous profitons d’être dans un environnement plus tranquille pour reprendre des forces. Nous mangeons à tour de rôle tandis que les autres montent la garde, que ce soit sur l’extérieur comme sur les villageois. Car si notre mission officielle est bien de les défendre, nous ne sommes toujours pas sûr de leur loyauté. Et nous avons aussi un autre intérêt à tenir la position ici : nous empêchons le cartel de passer par ici, limitant leurs déplacements. Ça joue sur les deux tableaux … Je n’aime pas ce genre de plan, c’est toujours foireux. Mais pour l’heure, on fera avec. L’escouade Alpha se déploie autour du village. Je vais me percher en haut d’un arbre au nord, profitant ainsi d’une bonne vision sur les environs et aussi sur le village. Les pièces se mettent en place, il faut désormais attendre que les ficelles soient tirées….

15h
Nous avons entendu des échanges de coups de feu au loin dans la forêt mais jamais vraiment proche du village. Pour l’instant, nous attendons, tranquillement. Les villageois restent fidèles à leur parole et ne sont pas menaçants. Des coups de feu encore… Plus proche…. De plus en plus proche. Les villageois s’activent dans tous les sens. Je vois des armes sortir des cabanes. Mon squad-leader sonne le rassemblement. Je saute de mon perchoir pour rejoindre l’escouade.
Bonne nouvelle, l’OTAN a trouvé un terrain d’entente avec les villageois. Ils prendront notre partie dans ce conflit. Et ils attendaient que ça car ils sont déjà partis au combat. Nous avons pour ordre de leur prêter main forte. Le dénouement est proche !
Un assaut général est donné sur le camp du cartel Valois. Ils sont encerclés. Avec l’Alpha, nous décidons de contourner le plus gros pour frapper par derrière et créer la confusion. Au pas de course nous arrivons rapidement en position mais les mafieux sont organisés. Ils nous voient arriver. Le combat commence. Nerveux, violent … Mais ce n’est pas ma façon de faire. J’échange un regard avec mon squad-leader. D’un hochement de tête, on se comprend. Je pars sur la gauche, m’éloignant du combat. Seul dans la végétation, je sais que je n’ai pas le droit à l’erreur. Si j’échoue, je tomberais seul, je mourrais seul. Je rampe. Les bruits des armes couvrent ma progression. Parmi les branches, je trouve un passage. Abandonnant mon fusil, je m’y engouffre avec comme seul arme mon pistolet. Je rampe sur quelques mètres et aperçois enfin les structures ennemies. Ça court de partout, ça crie, ça tire…. Un soldat est en poste devant moi. Je ne pourrai pas aller plus loin s’il reste là. Non loin de lui, un autre soldat. Mais il regarde dans une autre direction. J’y vois une opportunité. J’élimine le premier. Un tir silencieux. A peine commence t’il à s’écrouler que j’abats le second d’un tir identique.
Dans toute cette cohue, personne ne prête attention à deux corps supplémentaires sur le sol. Je rampe encore un peu et peu enfin me redresser. Je lève la tête au-dessus d’une palissade, pour observer et trouver une nouvelle cible. Mon regard tombe directement sur celui d’un mafieux. Il me regarde aussi. Je lis dans ses yeux la surprise. Il ne m’attendait pas là… Je vois encore son arme se pointer vers moi au moment où je me baisse. La rafale siffle au-dessus de ma tête. Par chance, l’effet de surprise m’a sauvé la vie. Je hurle à plein poumon : « JE SUIS ENTRER ! ESCOUADE ALPHA ! A L’ASSAUT !!!!! » Galvanisé par mes propres cris, je bondis au-dessus de mon couvert et tire, encore et encore. Je ne vise même plus, je cherche juste à créer la confusion pour permettre à mes alliés de percer. Je roule derrière un tas de palettes. Mon chargeur est vide. Je saisis le second, il est à moitié vide. Il va falloir être précis. Je prends une profonde inspiration. Je crois que cette fois, ce sera mon heure de gloire, ou mon heure tout court. Je me relève. Un ennemi me passe devant. Je l’abats dans sa course. Puis les portes sont forcées. L’OTAN débarque et prends place. L’affrontement se finit aussi rapidement qu’il a commencé. Surpassés par notre nombre, les Valois sont rapidement battus. Le chef du Cartel est fait prisonnier. Les médecins commencent à soigner les blessés. Je rengaine. C’est fini.

Notre commandant arrive sur place pour savourer la victoire avec nous. Les villageois repartent avec une valise pleine de billets. Voilà donc l’arrangement. Le gisement pour nous et l’argent de la mafia pour eux…. Voilà pourquoi ils se sont battus avec nous. Mais l’argent n’est jamais une solution fiable et durable. Les hélicos seront là demain, apportant du matériel et la relève. Nous rentrons chez nous demain. Alors que tout le monde fait la fête, célébrant notre victoire pour certains, notre retour pour d’autres, je ne peux m’empêcher de penser que nous n’ayons fait que gagner une bataille. Cette histoire est loin d’être finie. Je suis convaincu que je serai amené à revenir ici, tôt ou tard….

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